5 FÉVRIER 1919
THEFRENCH GAZETTE
PRIX : 2 FRANCSLE LIVRE

CHARLIE CHAPLIN ET SES AMIS LANCENT UNITED ARTISTS




Charlie Chaplin, Mary Pickford, Douglas Fairbanks et D. W. Griffith s’unissent pour créer leur propre société de distribution. Face aux producteurs qui contrôlent les contrats, les salaires et la diffusion des films, quatre des plus grandes figures du cinéma veulent reprendre le pouvoir sur leurs œuvres.

À Hollywood, la photographie a tout d’un coup d’État en costume de ville. Autour d’une table, quatre artistes parmi les plus célèbres du monde signent les documents donnant naissance à United Artists. Mary Pickford, Douglas Fairbanks, Charlie Chaplin et le réalisateur D. W. Griffith ne veulent plus dépendre entièrement des grandes compagnies qui dominent déjà l’industrie cinématographique. Le cinéma américain est alors en pleine transformation. Les films deviennent plus longs, plus coûteux et plus populaires. Les producteurs cherchent à contrôler toute la chaîne. Les acteurs et les réalisateurs, même célèbres, restent liés par des contrats qui limitent leurs choix artistiques et financiers.

Une star fauchée

Chaplin connaît déjà cette frustration. Malgré son immense succès, il peine à obtenir les budgets et le temps nécessaires pour réaliser ses films comme il l’entend. Mary Pickford, surnommée « la fiancée de l’Amérique », est l’une des actrices les mieux payées du pays, mais elle souhaite choisir ses projets et maîtriser leur diffusion. Douglas Fairbanks veut conserver la liberté qui nourrit ses comédies d’aventures. Quant à Griffith, il entend protéger son indépendance de réalisateur.

United Artists ne sera pas tout à fait un studio traditionnel. La société doit surtout permettre aux fondateurs de produire leurs propres films, puis de les distribuer sans passer par les compagnies rivales. Ils restent ainsi propriétaires de leur travail et peuvent négocier directement avec les exploitants de salles. L’Academy Museum résume cette révolution comme la possibilité, pour ces artistes, de contrôler davantage leur création et leurs rémunérations face à l’essor du système des studios.

Admiration et jalousie

La presse professionnelle observe l’initiative avec un mélange d’admiration et d’inquiétude. Selon une formule devenue célèbre, un dirigeant de l’industrie aurait déclaré que « les pensionnaires prennent le contrôle de l’asile ». L’image est parfaite : les vedettes que les producteurs pensaient diriger viennent de construire leur propre porte de sortie. Le projet reste pourtant risqué. United Artists ne possède pas encore le vaste réseau de salles dont disposent ses concurrents. Mais sa création change durablement les rapports de force à Hollywood.

Les bénéfices pour les créateurs

Pour la première fois, des artistes de premier plan affirment ouvertement qu’un film n’appartient pas seulement à celui qui le finance. Dans l’Amérique de 1919, où les industriels, les ligues morales et les autorités cherchent à encadrer toujours davantage la société, quatre stars viennent donc de signer une petite déclaration d’indépendance.

Publié le · Mis à jour le

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